News de l’orphelinat

Bilan de l'année scolaire 2016-2017

Les enfants en « tuition »

Sudha a passé brillamment sa licence d’hôtellerie (première de sa promo, sur 70 élèves). Elle travaille maintenant dans un hôtel à Pondichéry afin de gagner un peu d’argent pour la suite de ses études dans un an. Elle compte se réorienter dans le domaine de la nutrition.

Suresh, l’un de nos ainés qui avait eu sa licence il y a trois ans a été admis dans une école de commerce très bien cotée à Bangalore pour un MBA, grâce à sa persévérance et à son travail. Cette année il s’occupait des grands garçons de Nava Jeevan (la maison de l’orphelinat pour les adolescents garçons). C’est maintenant Small Raj qui prend le relais. Small Raj a raté certains des partiels de sa licence de biochimie et doit les repasser. En parallèle, il s’occupe des garçons et le fait avec un grand sérieux. On peut compter sur lui.

Ajith Kumar continue avec aisance ses études de sociologie, il est maintenant en 4ème année. Yogaraj a plus de difficultés, il est en 3ème année de mathématiques.

Yuvasree a fini le 22 juin ses examens de 2nd semestre de design multimédia. Elle est donc en vacances (décalée par rapport aux autres qui ont déjà repris les cours). Elle en profite pour préparer son permis de conduire et prendre des cours de français.

Kaviya et Jayaprakash ont réussi leur +2 (équivalent du bac). Jayaprakash est le premier de nos enfants à dépasser la barre des 60% au résultat total. Kaviya est entrée en première année de licence de psychologie au Anugraha College, tenu par les pères capucins à Dindigul. C’est assez loin de Pondichéry mais la formation est de qualité, l’environnement sûr et les frais peu élevés.

Santhiya, l’une de nos ainées qui avait fini sa licence il y a un an va étudier dans le même établissement (Kaviya et Santhiya sont d’ailleurs dans la même chambre !) en vue de l’obtention d’une maitrise de travail social. Cette année, à l’instar de Suresh, elle était revenue à l’orphelinat pour s’occuper des plus jeunes, renforçant ainsi l’esprit familial de l’orphelinat !

Karina, avec son uniforme d’Immaculate School!

Vimal, Vijay, Jerry, Ashwini et Shankar ont obtenu leur SSLC (équivalent du brevet mais beaucoup plus important en Inde). Shankar avait échoué certaines épreuves l’année dernière et se préparait à les repasser en parallèle de sa formation professionnelle.

Jerry et Ashwini continuent par la voie classique à étudier en vue du bac. Les résultats de Jerry ont été médiocres ; c’est de justesse qu’il a eu l’examen. Il va devoir mettre un coup de collier s’il veut réussir le bac dans deux ans. Son ambition est d’étudier ensuite un BPEd, c’est-à-dire une licence d’éducation physique, pour être ensuite professeur de sport. Ashwini, elle, a bien progressé et a eu un résultat honorable qui présage bien de la suite.

Vimal, Vijay et Jayaprakash rentrent dans une semaine au Manakula Vinayagar College of engineering en vue d’étudier un diplôme en trois ans (Jayaprakash rentre directement en deuxième année du fait qu’il a le bac). Electricité et électronique pour Vimal, Mécanique Automobile pour Vijay et informatique pour Jayaprakash. Pour Vijay et Vimal ce diplôme leur donnera l’équivalent du bac en plus d’une formation professionnelle débouchant ou sur une embauche dans une entreprise, ou se prolongeant dans une formation d’ingénieur. Cela convient bien aux centres d’intérêt de ces garçons et à leurs capacités. Leurs notes n’étaient pas suffisantes pour espérer entrer dans une bonne école d’ingénieur et une formation plus pratique leur ira surement mieux qu’une scolarité classique. C’est la première fois que nous faisons ce choix d’orientation. Nous espérons qu’il portera des fruits.

L’expérience de l’Institut technologique Vivekananda pour Leo Raj, Muthuazhagan, et Shankar est conclusive pour l’année scolaire 2016-2017. Ils achèvent début août leur formation professionnelle (électricien pour Leo Raj et mécanicien automobile pour Muthu et Shankar). Shankar a donc un diplôme de mécanique en plus de son Brevet. Il va commencer à travailler puisqu’il a 20 ans, et se réserve la possibilité de poursuivre une formation plus poussée en mécanique dans un an.

Le petit Venkathesh, prêt à partir!

Surya et Ajith ont échoué pour leur SSLC, ce qui n’était pas une surprise au vu de leur retard scolaire abyssal (Ajith n’est scolarisé que depuis deux ans en raison de ses problèmes de santé). Tous les deux ainsi que Jacob vont étudier à leur tour à l’Institut technologique Vivekananda : Ajith pour un diplôme d’électricien, Surya en mécanique automobile et Jacob en vue d’un diplôme de réparateur de téléphone portable. Jacob, qui s’était fait renvoyer de son école quelques mois avant le Brevet pour de graves problèmes de discipline semble commencer à comprendre le poids de ses actes. Il a de son propre chef demandé à reprendre en parallèle des cours afin de se préparer pour l’examen auquel il n’a pu se présenter l’an dernier. Cela implique pour lui de renoncer temporairement à la danse qui est sa passion…

Tamil Selvi, Indhira et Priyanka redoublent à notre demande, respectivement en 8th (équivalent de la 4ème en France), 7th et 6th (équivalent à la 6ème en France). Il est assez difficile de faire redoubler un enfant en Inde à cause des règles du gouvernement, mais nous avons insisté au vu des besoins de ces trois filles. Elles font partie du groupe d’enfant que nous avons sélectionné pour des cours spéciaux dispensés chez nous en vue de leur faire reprendre les bases en langues et en mathématique en particulier. En plus d’elles trois, il s’agit de Arun, Naveena, Gowri, Barathi, Buvana, Banumathi et Sreedar. Ils ont des cours particuliers repartis en deux groupes dont une partie est faite avec un support DVD.

En milieu d’année, les résultats de Manikandan (le plus âgé), Akkash et Santhosh laissaient également à désirer, au point parfois de se demander s’il ne faudrait pas les faire redoubler eux aussi. Néanmoins au second semestre ils ont pu être suivis de plus près et ont eux-mêmes fait les efforts nécessaires. Leurs résultats de fin d’année scolaire étaient en hausse !

Nous avons désormais trois garçons scolarisés dans une école spécialisée pour enfants ayant une déficience mentale, Sathia Special School : Mugesh, Vignesh et Manikandan Barathi (le plus jeune), ce dernier vient d’y être inscrit cette année. C’est une chance pour eux de pouvoir bénéficier d’un suivi qui convient mieux à leurs capacités.

Sreedar avec Gowri, complices jusque dans la lecture!

Sreedar nous a rejoints il y a trois semaines. Il a 9 ans et est le petit frère de Jayasree. Il est visiblement mal nourri et n’a pas grandi comme il aurait dû, mais il est très heureux d’être avec nous, très sociable et s’est fait rapidement adopter par les autres. Lui et Banumathi vont commencer l’année en UKG (maternelle grande section) en espérant qu’ils pourront passer en cours d’année en 1st Standard (l’équivalent du CP).

Plusieurs enfants commencent cette année l’apprentissage du français comme langue étrangère : Chinna Sudha, Sachin, Santhosh, Akash, Ragi et Ashwini. Ils ont jusqu’à présent des résultats brillants : il faut dire qu’à l’orphelinat leurs oreilles se sont familiarisées avec les sonorités de la langue de Molière !

Des cours de remise à niveau en tamoul sont aussi donnés à une partie des grands garçons de Nava Jeevan qui en ont bien besoin.

Globalement, ce début d’année scolaire – qui a reprise début juin – est très studieux. On sent que les enfants et leurs éducateurs s’attèlent à la tâche avec détermination. Nous avons tous été marqués par le décès de la petite Sonia le 11 juin dernier (à l’âge de 13 ans), des conséquences d’une tuberculose généralisée. Elle se faisait une joie de reprendre l’école normalement le lendemain même… Mais la vie continue !

Le petit Manoj, qui nous avait rejoint en mars à l’âge de 40 jours dans un état pitoyable est maintenant dans une crèche à Pondichéry et se porte très bien. Nous sommes sur le point de recevoir les résultats de ses tests sanguins qui nous apprendront s’il est atteint du VIH ou pas. Il aurait également un problème aux yeux dont nous espérons qu’il se résorbera.

Merci de tout coeur pour votre aide précieuse sans laquelle tout cela serait impossible.

Clément Hars, 30 juin 2017

Sonia

Nous avons l’immense peine de vous annoncer que la petite Sonia, 13 ans, est morte soudainement dimanche soir dernier. Alors qu’elle rendait service dans le dispensaire pour adultes, qui se trouve juste à côté de l’orphelinat, en aidant à la distribution des repas, une hémorragie dans les poumons l’envahit. Tout a été très vite. Elle allait mieux ces derniers mois et se préparait même avec joie à reprendre l’école le lendemain.

Sonia est arrivée à l’orphelinat Santhi Bhavan Children’s Home en juin 2015, avec son petit frère Venkadesh. Ils venaient tous deux d’un orphelinat de Nellitope (un quartier de Pondichéry) où se trouvent encore ses deux sœurs aînées qui ne sont pas séropositives. Elle est arrivée en très mauvaise santé et une tuberculose abdominale a été diagnostiquée dès juillet.

En novembre 2015, elle a dû être hospitalisée pendant 8 mois, une nouvelle tuberculose ayant été détectée dans la colonne vertébrale. En mai 2016, la veille de son 12ème anniversaire, Sonia a subi une grosse opération chirurgicale de la poitrine puis avait pu revenir à l’orphelinat le 23 août 2016. Son premier souhait avait alors été de descendre à la plage, située à 500 mètres de l’orphelinat.

Depuis, son état de santé était en lente progression, les traitements de tri-thérapie et antituberculeux faisant petit à petit leurs effets. Sonia peinait à prendre du poids mais sa colonne vertébrale se redressait visiblement et elle pouvait de nouveau marcher.

A travers toutes les vicissitudes de sa maladie, Sonia a témoigné d’un courage inaltérable, d’une grande patience, d’une impressionnante capacité à se soucier des autres et de leur bien, alors qu’elle-même traversait de lourdes épreuves. Son sourire, sa présence attentive et sa joie malgré la souffrance resteront gravés dans les cœurs de tous les enfants de l’orphelinat.

14 juin 2017

La Salangai Puja

Ezhi durant une représentation de Barathanatyan

Vendredi 24 février 2017. Ce devait être un jour normal, un jour comme les autres, où les enfants vont à l’école et reviennent épuisés de leur journée de travail. Mais aujourd’hui est un jour spécial, jour de fête assurément. Tout d’abord eut lieu le « Sport’s Day » de l’Immaculate School, où étudient quatre de nos filles. Deux d’entre elles, Karina et Rajee, sont à pied d’oeuvre pour un programme de danse dans le grand stade de Pondichéry : Indira Gandhi Stadium.

Quasiment au même moment, six autres filles – Ezhi, Sudha, Tamil Selvi, Vinitha, Indira et Jayasri – seront sur scène pour un programme de danse indienne classique de Barathanatyan dans un temple. Elles sont toutes très excitées à l’idée de pouvoir danser en public. Cela fait maintenant trois ans qu’elles s’entraînent deux fois par semaine. Ce mois-ci, nous avons décidé d’intensifier la pratique afin qu’elles puissent franchir un palier en réalisant leur première performance officielle en public : la Salangai Puja.

Les salangai sont des grelot-bracelets de cheville portés par les danseuses pour qu’ils résonnent au rythme des pas

En tamoul, « salangai » désigne les grelot-bracelets de cheville portés par les danseuses de Barathanatyan et « puja » signifie une prière rituelle. Véritable instrument de musique, les salangai résonnent au rythme des pas, permettant d’une part de mieux suivre les mouvements des pieds en les soulignant, et d’autre part de susciter de véritables joutes rythmiques entre les danseurs et les percussionnistes.

Sudha (à gauche) Tamil Selvi (à droite) et Rajee (en arrière-plan) durant une pratique de Barathanatyan

Selon la tradition, la jeune fille qui commence à apprendre le Barathanatyan ne porte pas les salangai tant que la cérémonie n’a pas eu lieu. De nos jours, la Salangai Puja est souvent exécutée plusieurs années après que la jeune fille ait commencé la pratique.

En vue de cette cérémonie, chaque jour après l’école, les apprenties danseuses se rendent au cours de danse pour ne revenir que vers 20h. Rude entraînement qui leur laisse les jambes lourdes et le corps fatigué. Mais une très bonne fatigue ! D’ailleurs, après un mois de pratique intensive, elles semblent s’y accoutumer et ressentent un regain d’intérêt pour la danse.

Il est certain – et les deux performances de ce soir le démontrent – qu’elles ont singulièrement progressé ces dernières semaines.
Pour nous, la satisfaction est double : d’abord la fierté de les voir danser sur scène, ensuite la joie de les sentir elles-mêmes fières, conscientes qu’elles peuvent aujourd’hui recueillir les fruits de nombreuses heures de laborieuses pratiques et de gestes répétés indéfiniment.
Exigences de l’apprentissage d’un art qui se confrontent parfois durement aux exigences scolaires impitoyables !

Pierre Dubreil – 16 mars 2017

 

3 nouveaux enfants à l’orphelinat !

Le premier semestre de cette année scolaire s’est achevé : l’heure des premiers bilans, d’un état des lieux. Les troupes vont bien mais ont terminé l’année quelque peu fatiguées. Il a fallu donner un dernier coup de collier en cette fin d’année pour rattraper les mauvais résultats obtenus au dernier trimestre. Au niveau des études, une certaine culture de la médiocrité s’est installée. Aisément on se contente du strict minimum ! En Inde la ‘ratio’ pour passer en classe supérieure est de 35%. Dès lors, la plupart de nos enfants se satisfont de notes proches de cette barre minimale et manquent singulièrement d’ambitions. Cela est notamment dû à leur situation familiale : en tant qu’orphelins, ils n’ont pas la motivation de leurs camarades à gravir un échelon social, à obtenir un bon travail pour aider leurs parents et les rendre fiers, ou encore rembourser une dette. Nous devrons donc décider nous-mêmes d’en faire redoubler certains. Pour pousser les enfants au meilleur d’eux-mêmes, les professeurs de tuition sont également plus nombreux, ce qui permet d’accompagner les enfants plus personnellement.

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Banumathi, la grande soeur de Barathi, est très calme et douce. Elle est en CE2 mais, malade de la tuberculose, elle était ce jour-là au dispensaire pour cause de fièvre…

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Barathi, 4 ans, est hyper active, elle passe son temps a courir et s’entend très bien avec Bovana.

Cette année a vu l’arrivée de trois nouvelles petites filles : Jayasri (12 ans), Banumathi et Barathi (deux sœurs respectivement de 8 et 5 ans). Toutes les trois sont très chétives et maladives. Deux d’entre elles ont la tuberculose. Elles furent par conséquent obligées d’être séparées des autres enfants pendant les deux premiers mois de leur traitement afin d’éviter une contamination. Toutes les trois ont également un caractère très marqué et jovial, en dépit de leur histoire dramatique. Si elles sont inscrites à l’école, elles n’ont pu toutefois assister à l’ensemble des cours du fait de leur santé. C’est une situation assez fréquente lorsque de nouveaux enfants nous rejoignent.

Très souvent, leur santé est extrêmement fragile (les raisons sont diverses : nourriture peu équilibrée, famille pauvre, peu de suivi médical, un traitement pris de manière négligente…) et leur première année parmi nous est surtout consacrée à renforcer leur santé.

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Jayasri, 12 ans, est pleine de personnalité et de vie.

Au niveau du staff, beaucoup de changements ont eu lieu cette année : nouvelle infirmière, nouvelle conseillère éducative, nouvelle comptable. Nous avons aussi accueilli deux anciens pensionnaires de l’orphelinat, Suresh et Santhiya, qui sont revenus nous aider après avoir achevé leur licence. Tous les deux souhaiteraient poursuivre leurs études l’un en Business management, l’autre dans le travail social. Aujourd’hui, l’équipe éducative est bien fournie et cohérente, procurant par là-même une certaine stabilité au niveau de l’environnement des enfants.

Un des projets qui nous animent en ce moment est de mettre en place un jardin organique avec une basse-cour, une ébauche de petite ferme. Ce projet doit permettre aux enfants de rester au contact de la nature, mais aussi de subvenir un tant soit peu à leurs besoins journaliers. Manger les légumes, les fruits, les œufs du jardin, de notre propre ferme : quelle joie !

Pierre Dubreil – 10 janvier 2017

A Mathur, 3 jeunes s’émancipent !
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Le village de Mathur est situé à une dizaine de kilomètres de l’orphelinat.

Depuis le 17 juillet dernier, « Big Raj », (sachant qu’aujourd’hui le « small » Raj est aussi grand que le « big »), a emménagé à Mathur avec Shankar et Muthu. Si le village de Chinna Kalapet où se trouve l’orphelinat n’est pas une place géopolitique majeure ni une destination touristique de rêve, Mathur est encore plus paumé… Qu’y font donc ces trois anciens de l’orphelinat ?!

Ils étudient au SwamiVivekananda Rural Community College, inauguré à la rentrée de juin et se trouvant à 2 km de Mathur. Pffff…. Mathur ?! Oui Mathur ! Là où un terrain avait été acquis il y a quelques années dans l’idée de permettre aux enfants de l’orphelinat d’avoir un point de chute après leur majorité. Depuis juillet, non seulement l’idée s’est réalisée mais le point de chute est en plus devenu le point de départ d’une belle envolée !

Le terrain avait été acquis pour permettre aux enfants d’avoir un lieu de transition après leur majorité.

Le SwamiVivekandanda Machin Truc College offre en effet une belle opportunité aux jeunes en difficulté. En parallèle d’une formation professionnelle d’un an ponctuée de stages pratiques – Muthu et Shankar ont déjà passé plusieurs semaines dans un garage « 4 wheelers » s’il vous plaît, de la compagnie indienne Mahindra, respect –, cette école accompagne les étudiants dans la préparation de l’examen du « 10th exam ». Cet examen équivaut à notre brevet des collèges, à cette différence prèsqu’il est là-bas la condition sine qua non à l’entrée dans la vie active quelle qu’elle soit. Ainsi, en vue de se représenter aux matières dans lesquelles ils ont échoué, Shankar travaille son anglais tandis que Muthu bosse le tamoul, la science et l’histoire. On est avec vous les gars ! Donnez le meilleur de vous jusqu’en mars ! Et après aussi d’ailleurs…

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Bon, ok, on ne comprend rien, mais les comptes sont bien tenus quand même !

Le meilleur d’eux-mêmes, c’est bien ce qu’a révélé cette nouvelle collocation, avec l’autonomie qu’elle appelle et la prise de responsabilité qu’elle exige. Rajkumar – de son petit nom « grand Raj », s’est affirmé en leader, de looser qu’il était (ou qu’on craignait qu’il devienne). Avant, Rajkumar, il vivait au rythme des films de ses héros favoris, avec une petite préférence pour Dhanush, cet acteur qui joue toujours les bons à rien rencontrant le succès sur un coup de chance et une bonne dose d’invraisemblable. Aujourd’hui, Rajkumar, il n’en finit pas de parler de son école, de raconter ce qu’il apprend en électricité, de nous expliquer que Muthu a commencé un potager pour faire des économies et qu’ils tiennent un cahier avec leurs comptes et qu’il a été désigné au College en tant que délégué et qu’à l’issue de cette année il sera sûr de trouver un travail et qu’ils ont planté des soRakkay et des pagarkkay (des légumes intraduisibles) et qu’ils ont organisé une rotation pour les services (cuisine, courses, ménage) et que et que et que… et il en oublie même de parler de Dhanush ! Cool.

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Admirez le geste ! Mais ne reproduisez pas ça chez vous…

Un soir d’août où les adolescents de Nava Jeevan étaient conviés à une espèce de crémaillère, Rajkumar avait déjà 1000 choses à raconter, et tous les garçons de l’écouter médusés, admiratifs, désireux à leur tour de s’en sortir, de se bouger pour réussir. Cet exemple si précieux pour les plus jeunes, Shankar le donne à son tour quand il revient chaque week-end à l’orphelinat pour rendre différents services tels qu’aller chercher à l’école les enfants ayant cours le samedi.

Depuis 2006, les enfants ont grandi et déjà plusieurs sont en études supérieures ou ont commencéà travailler. C’est source d’un grand espoir de voir ces jeunes séropositifs et orphelins s’épanouir et trouver leur chemin, quels qu’aient été les obstacles. Trop bien d’être reçu dans leur maisonnette de Mathur, de se voir offrir un chai par Muthu, d’avoir la visite guidée du potager avec Shankar et d’écouter « Big Raj » parler sans arrêt de ses nouvelles études dont il est si fier.

Xavier Aubry – 04 décembre 2016

Le retour de Sonia
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Sonia à la plage de Chinna Kalapet, le 23 août 2016, jour de son retour à l’orphelinat

Sonia est arrivée en juin 2015, avec son petit frère Venkadesh. Ils venaient tous deux d’un orphelinat de Nellitope (un quartier de Pondichéry) où se trouvent encore ses deux sœurs ainées qui ne sont pas séropositives. Elle est arrivée en très mauvaise santé. Suite à de multiples tests et une hospitalisation, une tuberculose abdominale a été diagnostiquée en juillet. Rapidement un traitement a été mis en place et s’est avéré efficace, nous avons donc essayé de la scolariser. Mais malgré tout son courage et sa persévérance, sa scolarité devenait impossible, le traitement n’étant pas encore assez concluant.

En novembre 2015, elle a de nouveau été hospitalisée, une nouvelle tuberculose ayant été détectée dans la colonne vertébrale. Le 27 décembre, elle a même dû être hospitalisée en soins intensifs du fait d’une difficulté respiratoire causée par une infection de la plèvre, avec de multiples poches de pus dans la poitrine et l’abdomen. Depuis, elle est restée hospitalisée afin d’une part de drainer le pus présent dans son corps, et d’autre part de chercher à ajuster le traitement antituberculeux. Pendant cette longue période d’hospitalisation (8 mois…), les enfants sont régulièrement passés la voir et rivalisaient de malice avec le petit singe qui venait dévaster la poubelle juste en face de sa chambre, afin de faire rire Sonia et lui permettre de passer de bons moments.

En mai, la veille de son 12ème anniversaire, elle a subi une grosse opération chirurgicale de la poitrine, suivie à nouveau de plusieurs drainages. En juin, les tests sanguins révélaient que son traitement trithérapie ne fonctionnait plus. Il a donc fallu, avec bien des difficultés, obtenir de l’hôpital qu’elle reçoive la deuxième ligne de traitement trithérapique (une première dans cet hôpital pourtant assez à la pointe). Début août, le dernier drain a été retiré, ce qui a permis à Sonia de revenir à l’orphelinat le 23 août dernier. Quelle joie ! Les enfants l’ont accueilli avec exultation et le premier souhait de Sonia fut de descendre à la plage, située à 500 mètres de l’orphelinat.

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Sonia à l’hôpital, visitée par Indhira et Seenu

Depuis Sonia reste au dispensaire qui se trouve juste à côté de l’orphelinat. Les enfants viennent la voir à tour de rôle et Sonia a presque toujours de la compagnie. Dans la soirée, on l’installe avec une natte et un oreiller sur l’estrade qui surplombe le terrain de jeux des enfants pour qu’elle participe à sa manière à leurs activités. Au moment de la « tuition » (l’aide personnalisée pour les devoirs), Sonia est emmenée par Corinne pour souhaiter bonne nuit à chacun, et lorsque Sonia voit un enfant qui n’est pas très sérieux, elle l’exhorte à se mettre au travail en l’avisant de l’importance des études !

Aujourd’hui, Sonia n’a presque plus besoin d’assistance respiratoire, il s’agit maintenant de voir comment traiter la déformation très prononcée de sa colonne vertébrale. Sonia porte d’ores et déjà un corset, mais les docteurs parlent d’une autre opération chirurgicale (lourde et risquée). Avant d’envisager une telle opération, nous espérons que la nouvelle trithérapie va faire son effet et attendons que la tuberculose soit davantage endiguée. Sonia doit également reprendre du poids et bien qu’elle puisse désormais manger normalement, Sonia n’a guère d’appétit… hormis pour les toasts aux œufs qu’elle réclame parfois !

A travers toutes ces vicissitudes Sonia témoigne d’un grand courage, d’une grande patience, d’une impressionnante capacité à se soucier des autres et de leur bien, alors qu’elle-même traverse de grandes épreuves. Nous avons bon espoir pour l’amélioration de son état et sa guérison finale.

Clément Hars – 02 octobre 2016

Participation au Marathon

orphelinat Shanthi Bhavan Children's Home SIDA Inde21 août 2016, 3h15 du matin. Akash sort de son sommeil. Le sommeil fut léger car il ne pouvait s’empêcher de penser au marathon du lendemain. Craignant de ne pouvoir se réveiller, il a préféré ne dormir que d’une oreille. On commence à réveiller tout le monde chez les garçons… et chez les filles. Quatre filles ont en effet eu le courage d’inscrire leur nom pour la course : Karina, Indira, Jayasri et Rajee.

Lorsque j’arrive à 3h35 à l’orphelinat, les enfants sont déjà tous prêts. Le départ est prévu à 3h45. J’amène avec moi quelques réconforts : bananes, jus de fruit, barres chocolatées, boissons lactées. Un petit déjeuner léger mais énergisant pour leur donner un peu de force. Très vite, les grands garçons de Nava Jeevan (la maison pour les adolescents) nous rejoignent et nous sommes fin prêts pour le départ, trois volontaires en plus et deux chauffeurs ! Car nous avons également prévu une moto pour conduire Dovile, une volontaire lituanienne… et photographe. Elle se fera donc un plaisir de prendre en photo les apprentis marathoniens en plein effort !

4h15 : nous voilà déjà au lieu de rendez-vous ! Il nous faut descendre du bus et marcher quelques centaines de mètres pour rejoindre le stade où s’effectuera le départ. Sur place, c’est déjà le « rush ». Que de monde ! C’est la grande attraction du jour. Il faut dire qu’on a promis des prix très intéressants pour les gagnants.

orphelinat Shanthi Bhavan Children's Home Sida Inde enfantsIl va nous falloir de la patience et, après 1h30 d’attente, nous obtenons enfin les différents T-shirts pour nous préparer à courir : jaune pour la catégorie A (plus de 25 ans), blanc pour la catégorie B (entre 17 et 25 ans), gris pour la catégorie C (entre 13 et 16 ans) et bleu pour la catégorie D (entre 10 et 12 ans). Enfin nous pouvons prendre le départ. Ceux de la catégorie A – dont moi-même ! – s’élancent et effectuent d’abord un tour de stade avant de disparaître dans la ville pour un parcours de 8 km. Puis chaque catégorie s’élance tour à tour. Malheureusement, le tour se termine rapidement pour Akash ! Avant même d’avoir quitter le stade, il percute de plein fouet un pilonne en métal. Le voilà la bouche en sang, une dent cassée et la course terminée avant même d’avoir commencé ! Akash est en larmes, non seulement de douleur, mais aussi de honte et de frustration ! Nous nous étions si bien entraînés ces dernières semaines ! Heureusement, le stade se trouve au cœur d’un grand complexe hospitalier. Akash est transporté immédiatement aux urgences et il pourra nous rejoindre à temps pour la remise des prix, près de la plage.

Pour les autres, la course est lancée. Rajee et Indira chez les filles sont magnifiques et parviennent à se placer dans les 10 premières places. Chez les garçons, Velmurugan et Jerry constituaient nos deux meilleures chances. Malheureusement ils furent mal aiguillonnés et ont raté le virage pour la ligne d’arrivée réservée à leur catégorie. Au final ils auront parcouru 8 km au lieu des 4,5 km prévus initialement. Kaniyan et Vijay s’en sortent avec les honneurs en ayant réussi à courir les 8 km sans s’arrêter. Vasanth effectue également une belle course. Pour Karina, ce fut plus difficile. Gênée par une blessure à la cuisse, elle n’a pu courir longuement. Il nous faudra l’attendre plus d’une demi heure avant de la voir franchir tranquillement la ligne d’arrivée, en compagnie d’une amie qu’elle a retrouvée sur la ligne de départ !

La course terminée, c’est un peu le chaos. Nous attendons la venue de Kiran Bedi, la nouvelle gouverneur, une femme emblématique en Inde. Elle fera un discours musclé, ciblé sur la pollution à Pondichéry et la saleté de la ville. Elle a exhorté les habitants de Pondichéry à se prendre en main pour nettoyer la ville, sous peine de la voir prendre ses bagages et rentrer chez elle…

Nambikkay orphelinat Shanthi Bhavan Children's Home Inde SidaLe discours achevé, elle s’en va. Place à la remise des prix, qui n’en est pas moins chaotique. Certaines catégories sont volontairement oubliées car les organisateurs ne retrouvent plus leurs listes de participants !

Peu importe ! Les enfants reviennent, fatigués mais heureux. Ils se sont dépassés, ils ont fait l’expérience de s’être entraînés, d’avoir progressé et d’avoir pu goûté les fruits de leurs efforts en se confrontant à d’autres enfants de leur âge. De quoi leur donner davantage confiance en eux… au prix de quelques dents cassées !

 

Pierre Dubreil – 28 août 2016

Une année scolaire intense

La plupart des enfants sont actuellement retournés dans leurs villages pour quelques jours : un repos bien mérité après une année intense du point de vue des études. Beaucoup d’enfants ont intégré cette année une nouvelle école et la remise à niveau n’a pas été chose facile. Pour les aider, il a été fait appel à plusieurs enseignants qui accompagnent les petits groupes d’étude le soir (ce qu’on appelle en Inde la « tuition ») ainsi que le matin, dès 6h45 !

On a privilégié en effet des écoles privées qui accompagnent de près les enfants et nous sollicitent régulièrement pour améliorer le suivi à l’orphelinat. Ainsi chaque mois, l’équipe éducative est conviée aux « parents’ meetings » des quelques 8 écoles où vont les enfants. Un éducateur a été embauché pour assurer le lien entre les professeurs et l’orphelinat. Son rôle est de tout superviser, des devoirs à l’uniforme en passant par la discipline, la propreté ou les « lunch-box » : les écoles envoient un SMS si un enfant ne déjeune pas !

On se félicite de la progression de plusieurs enfants. Par exemple les jumeaux Vijay et Vimal, 15 ans, étaient clairement en échec scolaire et voulaient arrêter les études. A leur arrivée à Bright School, ils obtenaient entre 10 et 20 % de moyenne, sachant que le taux minimum requis pour passer est de 35 %. Après 2 ans de travail acharné, ils sont à plus de 50 % ! Malheureusement, tous ne connaissent pas la même réussite… Manikandan, Jacob et Indira, nouvellement accueillis à Bright School, n’ont pas encore passé le cap des 35 % et seront obligés de redoubler en juin prochain.

5 jeunes de l’orphelinat ont passé leurs examens de « tenth » ou « twelfth », l’équivalent de nos brevets et bacs, à la différence près qu’en Inde, l’obtention du tenth est plus décisive que celle du « twelfth exam ». Ce dernier fut un parcours du combattant pour Yuvasree chez qui, à 3 mois de l’examen, nous avons découvert une tuberculose pulmonaire qui lui a fait perdre plus de 10 kilos. Elle a donc dû arrêter l’école pendant plus d’un mois, mais bien épaulée par l’équipe de l’orphelinat, elle a continué à étudier selon son rythme et en suivant le petit emploi du temps qui lui avait été proposé.

Pour ce qui est de Shankar, l’année passée il avait échoué en anglais et en tamoul à l’examen de tenth. Aux rattrapages de juillet 2015 il avait réussi à passer le tamoul mais non l’anglais. Nous attendons donc de connaître les résultats de son dernier rattrapage en mars dernier. Cette année, en plus de travailler son anglais, il a rendu de nombreux services à l’orphelinat, tels que l’entretien du jardin ou la préparation des régimes pour les enfants malades.

Pierre Dubreil – 1er mai 2016

4 ans après !

Ce fut une joie immense de pouvoir revenir ici quatre années après comme je leur avais promis. Vous pouvez imaginer le changement qu’il y a eu chez ces adolescents. En dehors de la métamorphose physique, ils sont désormais adultes dans leur manière d’être, de penser, d’agir. En dix jours, j’ai pu en croiser un certain nombre (sur les dix enfants qu’ils étaient).

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Le plus âgé, Moorty, qui travaillait dur en partant le premier et en rentrant le dernier, est désormais marié. Quelle révolution ! Marié avec la sœur d’un des autres enfants. Il travaille toujours aussi dur, dans une usine où il alterne désormais horaires de nuit et horaires de jour. Il m’invita à dîner un soir dans son nouveau chez-lui et me présenta également sa femme ; un soir d’orage synonyme de repas à la bougie. Moorty n’a jamais trop parlé anglais mais bon, après un an passé ensemble, on savait se comprendre. Content de pouvoir me présenter sa femme, leur chien, les photos de nous qui dataient d’il y a quelques années maintenant.

J’y suis allé avec son petit frère, ‘’small’’ Rajkumar, qui continue de briller dans ses études qu’il poursuit non loin d’ici et reste donc dans l’enceinte de Shanti Bhavan. Il a sa propre chambre mais n’hésite pas à venir aider ses camarades pendant l’étude du soir.

Shankar, leur beau-frère, prend des cours d’informatique. Shankar était le plus jeune de la bande, celui que les grands embêtaient gentiment. Il a désormais trouvé sa place, semble beaucoup plus épanoui, continue d’aider William, le jardinier. Il sait également qu’il a un rôle à jouer auprès des plus jeunes et s’investit énormément pour partager tout ce qu’il a appris.

Suresh, croisé par hasard à Shanti Bhavan et avec qui j’ai pu partager un trajet en moto pour aller sur Pondichéry. Pas beaucoup de temps pour échanger, mais il poursuit sa carrière brillante. Le grand frère de la bande, toujours bienveillant, un exemple aussi bien dans son comportement que ses résultats scolaires. Il a pu intégrer une grande école sur Chennai mais essaie de revenir au maximum voir ses ‘’petits frères’’.

Dans cette même ville, il y a Ajeeth, qui était présent une grande partie du temps où j’étais là. Il continue ses études. Une grande aide pour les travailleurs indiens et les bénévoles lorsqu’il est de passage. Beaucoup d’enfants, comme Ajeeth, ont compris tôt que leur retour dans la vie indienne ainsi que leur bonheur parmi les indiens se ferait par la réussite dans les études.

Comme Suresh et Adjith, Yogaraj étudie aussi à Chennai, lui qui était arrivé deux mois avant la fin de ma mission en 2011. Pour lui c’est un peu plus difficile au niveau de l’ambiance de son internat. Les camarades ne sont pas si gentils que ça, et la nourriture semble être immonde, les chambres dans lesquelles ils vivent sont sales. Lui qui était également très studieux, il semble être déstabilisé par ce changement d’environnement.

Au loin, j’ai pu reconnaitre ‘’Big Raj’’, qui a enfin un bouc qui ressemble à quelque chose, un air faussement sérieux qui laisse très vite place à un sourire de star. Lorsque je l’avais quitté, il était à la menuiserie de Pondichéry. J’ai pu discuter assez longuement avec lui ; il a sa propre chambre à Shanthi Bhavan, des horaires distincts, son propre salaire. Il m’a parlé de ses nombreux projets, comme celui d’économiser de l’argent pour pouvoir passer le permis et acheter par la suite son propre véhicule pour lancer son business. Il apprend petit à petit à mettre de l’argent de côté, aller à la banque, tenir ses comptes mais que cela est difficile ! Il a tellement de bonne volonté qu’il ne sait pas trop dire non. Et quand on est l’un des seuls à avoir de l’argent, on a bizarrement beaucoup d’amis !

Cependant, je n’ai pas pu voir Appu, un des ados les plus fragiles, dont la santé ne semble pas s’améliorer. Il continue de faire de nombreux séjours à l’hôpital de Shanti Bhavan. Il n’abandonne pas sa carrière d’électricien, lui qui passait son temps à réparer enceintes, lampes, ventilateurs !

Enfin, John, LE John national, toujours prêt à rire, très serviable malgré son poil dans la main, est désormais mécanicien pour l’un des grands groupes de motos en Inde. Il travaille et habite dans son village à quatre heures de Shanti Bhavan, semble se plaire à sa nouvelle vie et n’hésite pas à donner des nouvelles aux autres enfants et revenir quand cela lui est possible.

Les travailleurs indiens, les bénévoles et donateurs ainsi que les enfants eux-mêmes ont réussi leur pari. C’est en revenant quatre années après que l’on se rend compte que ce temps passé avec eux, l’investissement des différentes personnes qui soutiennent l’orphelinat ainsi que tout le travail fourni par le centre portent leurs fruits !

François Mertine – 6 mars 2016

L'hospitalisation de Sonia

Sonia est arrivée à l’orphelinat en juin 2015, avec son petit frère Venkadesh. Avec ses deux grandes sœurs qui sont HIV négatives, elle vivait jusque-là dans un orphelinat où sa santé n’était pas bien suivie. A son arrivée à Shanthi Bhavan Children’s Home, elle était bien mal en point : très maigre, avec un gros ventre, et assez faible. On a d’abord pensé que c’était dû à la malnutrition.Nambikkay enfants SIDA Inde orphelinat

Dès juillet nous l’avons hospitalisée à PIMS où elle a été diagnostiquée d’une tuberculose abdominale et a commencé le traitement. En novembre, il était avéré que la tuberculose touchait la moelle épinière. Le 27 décembre, nous l’hospitalisions à nouveau en soins intensifs à PIMS et les médecins drainaient 1 litre de pus de sa poitrine. Depuis, on l’a changée d’hôpital et sa situation est en légère amélioration. Son poumon gauche qui avait été très compressé par l’accumulation de liquide reprend sa place. Elle a eu jusqu’à trois drains, en a deux actuellement.

Elle va mieux, parle, mange, sourit,… Reste à savoir si le traitement contre la tuberculose (qui du coup a été modifié plusieurs fois) va faire suffisamment effet pour que la maladie ne se répande pas plus et enfin se résorbe. Sonia est très courageuse, se plaint très peu, arrive encore à se faire du souci pour les autres…

Clément Hars – 10 février 2016

L'allergie de Priyanka

enfant malade SIDA Inde NambikkayPriyanka, depuis un bon mois, avait des démangeaisons récurrentes et de nombreux boutons partout sur le corps, qu’elle supportait avec patience, et que l’on essayait de traiter avec moult crèmes et médicaments. Ce que l’on prenait pour la gale n’était en fait « qu »’une allergie aux médicaments  contre le VIH… Ils ont donc été arrêtés, en conséquence de quoi, elle s’est retrouvée confrontée à une très forte fièvre. J’apprends cela le soir et demande à l’infirmière d’aller la voir et de lui donner un paracétamol. La fièvre se calme et le lendemain matin, elle va mieux. A 17h30, au moment des douches, je la vois assise devant l’office, tremblante, brûlante, asséchée et confuse. Je ramène Priyanka dans sa chambre, allume les fans à fond, la découvre pour tenter de diminuer la fièvre. Je reste à son chevet, à lui passer de l’eau sur le corps ; la serviette humide se réchauffe en quelques secondes à son contact. Olivier et Patricia, un couple présent pour quelques mois, viennent tenir compagnie à Priyanka. Avec eux, nous sommes restés 2h auprès d’elle, à la contenir dans ses moments de confusion, à tenter de faire descendre sa température. Finalement, nous avons rappelé l’infirmière qui décida que Priyanka irait au dispensaire pour être suivie de près. La fièvre est tombée, mais ce n’est pas sans crainte que nous la voyons partir au dispensaire. Elle y restera 10 jours, pour finalement être envoyée à l’hôpital pour dénutrition. La fièvre et la maladie la rongent tellement qu’elle en perd l’appétit, et son moral est également bas. Sonia l’accompagne, elles y passeront une grosse semaine. Quand un de nos enfants est à l’hôpital, un adulte de même sexe doit se trouver avec lui en permanence ! Inutile d’expliquer les complications que ça entraîne pour la gestion de l’orphelinat ! Finalement, Priyanka rentrera avec quelques kilos en moins, mais un sourire indémontable, un appétit plus que normal, une peau abîmée mais plus de boutons, et surtout un nouveau traitement !

Claire Mathieu – 9 janvier 2016

Les "Christmas friends" !

L'armée indienne a été mobilisée pour évacuer des milliers d'habitants pris au piège des graves inondations dans l'Etat du Tamil Nadu, dans le sud de l'Inde, où le bilan de cette catastrophe naturelle atteint désormais les 269 morts. /Photo prise le 2 décembre 2015/REUTERSMalgré l’approche de Noël, le moral reste au gris en raison des événements qui se déroulent non loin de notre maison : certains quartiers de Pondichéry sont inondés et Chennai ne compte pas moins de 350 morts. Des milliers de foyers ont un mètre d’eau dans leur maison, toutes les lignes sont coupées, les gens n’ont plus d’électricité, plus de moyen de joindre leur famille… La pluie est tombée pendant près de deux semaines ! Chez nous, à certains endroits, les gens doivent se mouiller les genoux pour accéder à leur chambre. La pluie qui s’était faite rare l’an dernier fut désastreuse cette fois-ci… Et l’on ne comptera pas le nombre de petits villages dévastés par une montée des eaux comme le Tamil-Nadu n’en avait pas vécue depuis 1976 ! orphelinat Shanthi Bhavan Children's Home Inde En raison de cette pluie surabondante, les rues qui ont l’habitude d’être bondées en cette période sont désertes, et quand on sait les épreuves traversées à 3h de route d’ici, difficile d’entrer dans une ambiance de fête. Nous avons néanmoins lancé les « Christmas friends ». Le système est simple : chaque enfant pioche un nom, et chacun sera chargé d’acheter un cadeau pour son Christmas friend, au moyen de l’argent gagné grâce aux bonnes actions réalisées. Ils peuvent aussi perdre des points s’ils ont un mauvais comportement ; à la fin, la somme des points leur donne droit à un certain budget pour offrir un cadeau ! Nous faisons parfois face à quelques difficultés : celui qui veut changer le nom de son Christmas friend, celui ou celle qui ne fait aucun effort pour gagner des points, au dépens de celui à qui il est supposé préparer un cadeau… Ceci dit, il faut avouer que depuis deux semaines, la ferveur pour le ménage, les services et autres petites attentions ne diminue pas ! Tous les jours, les enfants nous agrippent pour nous dire qu’ils ont lavé les toilettes (avec du savon !!!), nettoyé la salle de classe ou un dortoir, rangé les bouquins, aidé à laver le sol, ramasser des papiers par terre… Bref, tout ce que l’on essaye de leur faire intégrer depuis des années ! Offrir un chouette cadeau à leur Christmas friend les motive et la maison n’a jamais été aussi propre !

Claire Mathieu – 11 décembre 2015

La célébration des festivals

Célébration des festivals en IndeLe 20 octobre, nous avons fait une « Pooja » (« célébration » en tamoul), dénommée « Ayudha Pooja », littéralement le « culte des engins ». Jour de congé pour tout le monde avec bénédiction de tous les véhicules et outils de la vie quotidienne. Dans les bureaux, on bénit les ordinateurs ; à l’orphelinat, on lave tout de fond en comble, on décore, on met des fleurs, des offrandes (qui seront vite dévorées par les enfants une fois la bénédiction terminée) telles que noix de coco – que l’on explose très fort sur le sol – pop rice, bananes, pois chiches… Puis on bénit les vélos, les voitures, les outils de jardinage ou de maintenance et les travailleurs qui les utilisent, l’infirmerie, la cuisine… Tout le monde y passe ! Et les enfants sont les premiers à s’affairer pour que rien n’échappe à la bénédiction divine ! Le 10 novembre, c’était Dipavali ! Là aussi, ce fut mémorable… La fête de la lumière est toujours très attendue : pendant près d’une semaine, toute l’Inde est en fête dans un gigantesque son et lumière, aux bruits des pétards et aux feux des artifices ! Bâtons luminescents, pistolets à pétard, fontaines flamboyantes, bisons 5… Les enfants explosent de joie et n’ont de cesse de faire exploser les pétards, toujours plus de pétards, pour célébrer la victoire de Krishna sur le démon Narakasura.

Claire Mathieu – 26 novembre 2015

Changement de traitement à Chennai

Traitement du sida pour les orphelins de NambikkayManikandan et Vimal doivent passer en seconde ligne de traitement (la décision a été prise par le docteur, sur la base des tests de charge virale). Il leur faut par conséquent se rendre à Chennai, la capitale du Tamil Nadu. Apprendre que la maladie avance dans leurs petits corps nous ramène à la dure réalité de leur séropositivité… Manikandan et Vimal vont donc devoir être absents pendant minimum 4 jours – le délai d’observation nécessaire – pendant lesquels ils vont s’ennuyer dans une chambre d’hôpital à subir des examens tous les jours… Alex qui les accompagne ne pourra même pas dormir avec eux et sera dans l’obligation de trouver un logement, en l’occurrence l’abri vélo de l’hôpital… Une fois arrivés là-bas, ils n’ont finalement commencé le traitement qu’au bout de trois jours, rallongeant déjà leur séjour. Là-dessus, ils nous annoncent que Manikandan devra rester dix jours de plus en observation. Le retour de Vimal fut euphorique (il est rentré avant Manikandan qui se trouve encore là-bas pour le moment). Il est arrivé pendant le film du samedi soir et on a tout arrêté. Les enfants sont partis lui courir après en hurlant ! Et Vimal de se réfugier dans la salle de bains pour leur échapper !

Claire Mathieu – 4 novembre 2015